Précarité menstruelle : comprendre et agir par le don en nature
Chaque mois en France, la précarité menstruelle contraint des centaines de milliers de femmes à sacrifier leur santé et leur dignité faute d’accès aux protections périodiques. Si les pouvoirs publics commencent à se saisir du sujet, la réponse à cette urgence sociale repose encore souvent sur la mobilisation des acteurs associatifs, comme l’Agence du Don en Nature.
Mise à jour le 22 octobre 2026
1. Précarité menstruelle : définition et réalité en France
Que recouvre la notion de précarité menstruelle
La précarité menstruelle désigne la difficulté ou l’impossibilité d’accéder à des protections périodiques en quantité suffisante et de qualité adaptée, pour des raisons financières.
Elle englobe également le manque d’infrastructures sanitaires salubres, d’accès à l’eau et de produits d’hygiène complémentaires pour gérer ses menstruations dignement.
Il convient toutefois de la distinguer de la précarité hygiénique globale. Celle-ci s’étend en effet à l’accès à l’ensemble des produits de première nécessité comme le savon ou les brosses à dents.
Manifestations concrètes au quotidien
Cette situation impose au quotidien des arbitrages lourds de conséquences pour la santé et la dignité. Faute de ressources, de nombreuses femmes prolongent alors le port d’une même protection au-delà des durées de sécurité recommandées.
Ce phénomène accroît logiquement les risques d’infections et de choc toxique.
D’autres personnes doivent recourir à des solutions de fortune, comme du papier toilette, du papier journal ou des chiffons. Les conséquences sociales sont directes : absentéisme scolaire ou professionnel, isolement et baisse de l’estime de soi.
Un tabou qui aggrave le silence
Le tabou culturel, dénoncé chaque année lors de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle (28 mai), est encore profondément ancré et renforce les situations graves de privation matérielle.
En effet, la stigmatisation liée aux règles freine souvent les démarches des personnes vulnérables. Cela contribue à rendre ce problème invisible.
Pour l’Agence du Don en Nature, briser ce silence est une priorité. Les protections périodiques ne sont pas des articles de confort, mais des biens de première nécessité. Elles sont essentielles à la santé et à l’inclusion.
2. Les chiffres clés de la précarité menstruelle
Le nombre de femmes concernées en France
En France, la précarité menstruelle n’est pas un phénomène marginal.
Selon le baromètre de l’IFOP (2026), 2,3 millions de personnes sont directement touchées par ce manque d’accès aux protections périodiques. Ce chiffre illustre la sévérité de l’arbitrage financier imposé aux ménages modestes.
Par ailleurs, les jeunes femmes sont particulièrement exposées. En 2021, 33 % des étudiantes considéraient qu’une aide financière les aiderait à se procurer des protections adaptées (FAGE).
Le coût des règles sur une vie
Cette difficulté d’accès s’explique notamment par le poids financier total que représente la santé menstruelle.
Dans un rapport parlementaire sur la précarité menstruelle (2020), le coût cumulé des protections et des dépenses associées est estimé entre 8 000 et 23 000 euros par femme sur l’ensemble de sa vie. Cela comprend, en plus des produits d’hygiène intime, le renouvellement du linge, des sous-vêtements, et les antidouleurs liés aux menstruations.
Ces dépenses fréquentes deviennent alors une variable d’ajustement dans les budgets précaires à rebours de l’égalité femmes-homme.
Sources et études de référence
Pour agir de façon efficace, il faut s’appuyer sur des données précises. L’Agence du Don en Nature privilégie ainsi des études fiables et datées (IFOP, rapport parlementaire, FAGE). Celles-ci nous permettent de mieux comprendre les besoins du terrain et d’agir en redistribuant des protections aux associations.
3. Les publics touchés par la précarité menstruelle
Étudiantes et jeunes femmes
Confrontées à un budget serré, de nombreuses étudiantes doivent choisir entre se nourrir, se laver, se loger et étudier. L’achat de protections périodiques devient alors une variable d’ajustement, ce qui génère du stress et de l’absentéisme lors des cours.
Femmes sans domicile fixe
À la rue ou en hébergement d’urgence, la gestion des règles se heurte au manque d’eau courante et de sanitaires privatifs. Pour les personnes sans-abris, l’accès continu aux protections jetables représente une condition minimale de dignité et de santé.
Familles précaires et mères isolées
Dans les foyers modestes, notamment monoparentaux (les plus touchés par la précarité), les mères font fréquemment passer les besoins de leurs enfants avant leur propre santé. L’approvisionnement en protections hygiéniques est une contrainte de taille face à des ressources mensuelles déjà très limitées.
Femmes détenues et publics invisibilisés
En milieu carcéral, l’accès aux protections dépend souvent des ressources personnelles des détenues (Observatoire international des prisons, 2020). De leur côté, les travailleuses pauvres aux revenus instables doivent ajuster leurs achats d’hygiène à leurs variations de revenus. Cette catégorie de public fragilisé est de plus en plus importante (voir notre page sur la pauvreté, à venir).
La réalité du terrain mesurée par ADN : Ces réalités sociales correspondent précisément au réseau de partenaires que nous approvisionnons. Lors de l’opération de distribution menée par l’Agence du Don en Nature en 2026, les protections ont été principalement redistribuées auprès de deux piliers du réseau. 33 % l’ont été auprès des épiceries sociales et solidaires. Elles accompagnent notamment les familles monoparentales, les travailleuses pauvres et les étudiantes. Enfin, 29 % des produits envoyés ont bénéficié aux femmes accueillies par nos centres d’hébergement partenaires.
4. Dispositifs publics et protections gratuites
Face à l’ampleur des besoins, l’action publique commence à se saisir de la question de l’accès aux protections afin d’alléger la charge des ménages.
Remboursement des protections réutilisables : ce qui a changé à la rentrée 2026
En application du décret n° 2026-288 du 17 avril 2026, la prise en charge des protections périodiques réutilisables est entrée en vigueur à compter du 1ᵉʳ octobre 2026 (Journal Officiel, 7 août 2026).
Cette mesure cible les femmes de moins de 26 ans ainsi que toutes les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire (C2S). Les femmes de moins de 26 ans ne sont toutefois remboursées qu’à 60 %, le reste pouvant être pris en charge par la mutuelle.
Délivrées en pharmacie d’officine, seules les culottes et coupes menstruelles éligibles sont concernées, dans la limite de deux produits par an.
Distributeurs gratuits dans les universités et Crous
Depuis quelques années, les résidences Crous et les campus universitaires ont généralisé l’installation de distributeurs gratuits de protections hygiéniques pour lutter contre la précarité étudiante.
Ces initiatives sont censées apporter un soutien crucial sur les lieux d’études. Dans les faits, ils peinent encore à combler les besoins massifs des étudiantes, que ce soit pour des raisons d’entretien ou d’approvisionnement.
De surcroît, ces équipements restent très concentrés et ne répondent pas à l’ensemble de la demande.
TVA à 5,5 % et cadre réglementaire
Sur le plan fiscal, le taux de TVA appliqué aux protections a été ramené de 20 % à 5,5 % dès 2016 (Article 278-0 bis du Code général des impôts). Par ailleurs, plusieurs collectivités locales déploient leurs propres initiatives.
Néanmoins, cette baisse de la TVA et la récente mesure de remboursement annuel n’effacent pas les coûts récurrents des protections jetables, qui sont à ce jour les protections les plus utilisées pour des raisons de praticité.
Pour les personnes vivant à la rue ou sans accès quotidien à des équipements de lavage, le besoin en protections jetables reste donc entier. Ce qui rend le relais associatif encore plus crucial pour ces personnes.
5. Les associations qui luttent contre la précarité menstruelle
Rôle des associations de terrain
Sur l’ensemble du territoire, les associations de solidarité constituent le premier relais d’accès à l’hygiène pour les personnes vulnérables. Il peut s’agir d’épiceries sociales et solidaires vendant les protections à un prix solidaire. Les accueils de jour et les centres d’hébergement peuvent également en fournir aux femmes accueillies selon leurs stocks.
Présentes au quotidien dans les quartiers, elles distribuent des protections tout en créant un espace d’écoute essentiel.
Néanmoins, pour faire face à une demande continue sans épuiser leurs budgets, ces structures gagnent à s’appuyer sur des partenaires capables de sécuriser leurs approvisionnements à grande échelle.
L’opération ADN et DGCS : 5,2 millions de protections distribuées
Pour apporter une réponse d’envergure, l’Agence du Don en Nature a mené une opération d’exception avec la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS). En 2026, 5,2 millions de protections périodiques ont été distribuées gratuitement à 460 associations réparties dans 69 départements. Le dispositif a permis de soutenir 73 600 femmes en l’espace de six mois d’action solidaire.
L’opération a allié urgence et durabilité grâce à la livraison de 26 140 culottes menstruelles réutilisables. Préparées au sein de notre entrepôt-école, les commandes ont été acheminées avec une gratuité totale sur les commandes et le transport. Cela a représenté une économie nette de 1 731 083 euros pour les structures bénéficiaires.
De plus, nos équipes ont été formées par l’association Règles Élémentaires. Cette sensibilisation au sujet de la santé menstruelle a ainsi permis d’acquérir les outils pour lever le tabou lié aux règles dès les débuts de la chaîne logistique et solidaire.

Circuit du don en nature via l’Agence du Don en Nature
Ce modèle d’action s’appuie sur une ingénierie logistique performante et durable au service de la dignité.
L’Agence du Don en Nature collecte les invendus neufs auprès des entreprises afin de les mettre à disposition sur son catalogue solidaire. Les produits sont alors redistribués en fonction des besoins à un réseau de 1 600 associations partenaires présentes sur l’ensemble du territoire métropolitain.
Ce mécanisme transforme les stocks inutilisés en leviers directs d’inclusion pour les personnes en situation de précarité.
Un modèle inclusif et responsable : La logistique solidaire d’ADN se distingue de plusieurs manières. Tout d’abord, elle favorise l’inclusion et l’insertion des personnes éloignées de l’emploi grâce au partenariat avec plusieurs établissements et services d’aide par le travail (ESAT) en France et à son entrepôt-école unique à Dourges (62). Par ailleurs, la supply chain solidaire d’ADN se démarque en étant la première association à rejoindre le programme FRET21 porté la l’ADEME avec 25 % de ses produits solidaires transportés par le rail. Dernièrement, l’association a mis en place des dispositifs de cyclo-logistique visant à améliorer le service de livraison dans le dernier kilomètre urbain, tout en participant à la sérénisation des centres-villes, la dépollution de l’air et le travail de cyclo-logisticiens en réinsertion.
Devenir association partenaire pour recevoir des protections
Toute structure sociale à but non lucratif accompagnant des publics précaires peut intégrer notre réseau. L’inscription s’effectue sur notre plateforme en ligne après vérification des critères d’éligibilité. Une fois leur compte validé, les associations accèdent à notre catalogue numérique disponible 7 jours sur 7 et peuvent commander les lots proposés tout au long de l’année.
6. Entreprises : donner vos protections périodiques invendues
Quels produits d’hygiène menstruelle peuvent être donnés
Pour alimenter la chaîne de la solidarité, l’Agence du Don en Nature collecte des produits d’hygiène neufs auprès des entreprises.
Les catégories éligibles couvrent l’ensemble des besoins essentiels : serviettes, tampons, protège-slips, culottes menstruelles et cups (coupes) menstruelles.
Qu’il s’agisse de surstocks, de fins de série, de défauts d’emballage ou d’invendus, ces articles trouvent une utilité sociale immédiate.
Vérifiez les conditions d’acceptation de votre don sur la page dédiée au don de produits.
Comment fonctionne la collecte et la redistribution
Nos équipes coordonnent la réception des palettes dans nos entrepôts après l’acceptation de votre proposition de don. Le stockage est effectué par nos collaborateurs sur place à l’entrepôt-école dans les Hauts-de-France et par nos partenaires dans les entrepôts de Saint-André-lez-Lille (59) et de Saint-Quentin-Fallavier (38).
Les produits sont mis en ligne sur le catalogue solidaire d’ADN à un rythme bi-hebdomadaire afin de répondre aux besoins urgents des associations partenaires. Les commandes sont expédiées depuis nos plateformes logistiques jusqu’aux locaux des associations, strictement sélectionnées pour leur action auprès des publics vulnérables.
Les remontées de témoignages, disponibles sur la plateforme numérique réservée aux entreprises donatrices, illustrent concrètement l’utilité directe des produits donnés :
« Un grand merci pour les culottes menstruelles Saforelle. C’est une chance d’en avoir de votre part, vu le prix en pharmacie. Elle sont très confortables et absorbantes. », Véronique, accompagnée par le SPF Obligenheim.
Avantages fiscaux et impact RSE du don en nature
S’engager aux côtés de l’Agence du Don en Nature renforce votre démarche RSE tout en offrant un cadre fiscal avantageux. Selon l’article 238 bis du Code général des impôts, le don en nature ouvre droit à une réduction d’impôt sur les sociétés égale à 60 % de la valeur de revient des produits transmis. Ce mécanisme permet de transformer un stock inutilisé en un soutien direct aux personnes précaires.
Pour approfondir le calcul des plafonds et l’émission du reçu fiscal, vous pouvez consulter nos articles dédiés : « Don en nature : définition, acteurs et fonctionnement » et « Don en nature association : 6 étapes pour bien donner ».
7. FAQ : précarité menstruelle
1. Qu’est-ce que la précarité menstruelle ?
R : La précarité menstruelle désigne la difficulté d’accéder à des protections périodiques en quantité et qualité suffisantes pour des raisons financières. Elle inclut aussi l’accès limité à des sanitaires, à l’eau et à une information sur la santé menstruelle.
2. Combien de femmes sont concernées par la précarité menstruelle en France ?
R : Les estimations varient selon le périmètre retenu, précarité menstruelle stricte ou précarité hygiénique plus large. Le baromètre 2026 de Dons Solidaires avec l’IFOP indique ainsi que 2,3 millions de femmes sont concernées en France. Par ailleurs, entre octobre 2025 et mars 2026, l’Agence du Don en Nature a distribué 5,2 millions de protections périodiques à 460 associations, ce qui souligne l’ampleur des besoins actuels.
3. Comment lutter contre la précarité menstruelle ?
R : En combinant l’action publique (remboursement des protections réutilisables à partir de la rentrée 2026, distributeurs gratuits dans les universités), l’action associative (redistribution aux personnes accompagnées) et le don en nature d’entreprises (protections périodiques neuves invendues redistribuées via des réseaux solidaires comme l’Agence du Don en Nature).
4. Les protections périodiques sont-elles gratuites en France ?
R : Certaines protections sont gratuites dans des conditions précises. La TVA sur les protections périodiques est ramenée à 5,5 % depuis 2016 et des distributeurs gratuits sont installés dans les universités et les résidences Crous. Depuis le 1er octobre 2026, les culottes et coupes menstruelles réutilisables sont remboursées partiellement ou intégralement par l’Assurance Maladie pour les moins de 26 ans et les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire, à raison de deux produits par an (décret n° 2026-288 du 17 avril 2026). Jusqu’à ce jour, les serviettes et tampons jetables ne font pas l’objet d’un dispositif national de gratuité.
5. Mon entreprise vend des produits d’hygiène féminine, comment donner nos invendus ?
R : L’Agence du Don en Nature collecte les produits neufs non alimentaires invendus ou déstockés, les stocke dans sa plateforme logistique et les redistribue à ses associations partenaires. Le don ouvre droit à une réduction d’impôt au titre du mécénat en nature.
6. Notre association distribue à des femmes précaires, comment recevoir des protections périodiques ?
R : Les structures sociales et associatives peuvent déposer une demande pour rejoindre le réseau de 1 600 associations partenaires de l’Agence du Don en Nature et accéder à son catalogue de produits solidaires.
8. Agir contre la précarité menstruelle avec l’Agence du Don en Nature
La lutte contre la précarité menstruelle repose sur une chaîne de solidarité complète, qui repose dans la coordination de deux acteurs clés : les entreprises qui mettent à disposition leurs stocks de produits neufs, et les associations de terrain qui les redistribuent au plus près des besoins.
En associant ingénierie logistique et expertise de terrain, l’Agence du Don en Nature est le maillon de confiance qui permet de transformer chaque invendu en un levier concret de dignité et de santé pour des milliers de femmes.